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Jeremy Goillot : Pourquoi Mobile First tue les logiciels d'entreprise

L'ancien Head of Growth de Spendesk a levé 12 millions de dollars en seed pour reconstruire les outils B2B sur mobile. Son pari : les PME n'achèteront plus jamais de tableaux de bord à 85€ par licence.

Apr 11, 2026|5 min read|By Growth.Talent|

La majorité de vos publicités sont consultées sur mobile, mais vos clients achètent sur desktop

Jeremy Goillot a passé 7 ans chez Spendesk, de stagiaire à Head of Growth. Quand il est parti, la boîte faisait 50 millions d'ARR. Pendant ses deux ans de break entre Spendesk et The Mobile First Company, il a accompagné 70 startups en freelance et investi dans 40 boîtes en tant que business angel.

Le déclic est venu de l'acquisition payée. Chez Spendesk, la majorité des publicités étaient vues sur mobile. Mais les conversions se passaient ailleurs.

Je viens de l'acquisition comme toi et ce que j'ai vu, c'est que la majeure partie de mes publicités chez Spendesk, elles étaient consultées sur mobile. Et donc le mot mobile first, il est de se dire qu'aujourd'hui la manière d'acquérir des utilisateurs, ça va être sur mobile parce que le temps d'écran où on passe la majeure partie de notre temps, c'est sur téléphone.

— Jeremy Goillot

Les inscriptions sur Allo, son produit de téléphonie mobile-first, se font tôt le matin, entre midi et 2h, et tard le soir. Pas pendant les heures de bureau. Le dirigeant de PME n'est pas sur Facebook en journée. Il scrolle avant le taf, à la pause déj, ou le soir. C'est là qu'il est disponible pour découvrir de nouveaux outils.

ChatGPT va tuer l'industrie du logiciel d'entreprise

Jeremy a téléchargé ChatGPT dès sa sortie sur le store américain. Comme tout le monde, il est devenu accro. Puis il a sorti sa carte de crédit pour payer 20$ par mois. Pas besoin de parler à un commercial. Pas besoin de formation. Pas de tableau de bord à apprendre.

Son constat : la première victime de l'IA sera l'industrie du logiciel B2B. Pourquoi payer 85€ par licence pour un CRM qui n'est qu'un tableau de bord où tu cliques sur des boutons ?

ChatGPT, c'est gratuit, c'est 20 par mois et ça fait beaucoup de choses. Tu as pas besoin de parler à un commercial pour acheter la solution, tu as pas besoin d'une formation ou de regarder 150 vidéos pour savoir comment l'utiliser.

— Jeremy Goillot

Les barrières technologiques tombent. Ce qui coûtait 500 000€ via une agence peut maintenant se construire pour 5 000€ avec du no-code ou du vibe coding. Les PME construisent leurs propres logiciels. Elles ne veulent plus payer pour des fonctionnalités qu'elles n'utilisent pas.

Le pattern que Jeremy observe chez ses clients : des boîtes qui utilisaient le même CRM depuis 10 ans décident de tout changer. ChatGPT a changé leurs attentes. Ils veulent des outils épurés, pas des usines à gaz.

Le B2B doit devenir du consumer software

Jeremy refuse la distinction B2B/B2C. À la fin, ce sont des humains qui achètent. Un dirigeant de PME passe la moitié de son temps sur WhatsApp et Instagram. Il est plus proche de Revolut que de Salesforce.

L'exemple de Revolut prouve le point : lancé en B2C, ils ont déployé la même app en B2B. Même produit, même affinité. Le B2B n'a pas à être boring, complexe et cher.

On va créer du logiciel qui est à destination pas des entreprises mais des personnes. C'est-à-dire qu'à l'arrêt, un dirigeant, ça reste un humain qui utilise WhatsApp la moitié du temps, Instagram, et donc il est beaucoup plus proche d'un Revolut, d'un Instagram, d'un WhatsApp que d'ouvrir un Salesforce.

— Jeremy Goillot

Le mobile force l'épure. Moins de pixels, moins de fonctionnalités, des choix radicaux. WhatsApp versus Outlook : l'un est intuitif dès la première utilisation, l'autre demande une formation. Apple met à jour son OS plusieurs fois par an. Si ton app mobile n'est pas au niveau d'Apple, elle fait Moyen Âge.

Pourquoi Mobile First a levé 12 millions en seed sur un Notion

Jeremy a levé 3,5 millions d'equity en août 2023 avec 30 business angels et Lightspeed. Pas de PowerPoint. Une page Notion avec la profondeur de connaissance du problème. Il a lancé officiellement en janvier 2024 et annoncé la levée en mars 2024.

En novembre 2024, nouvelle levée : 12 millions de dollars en seed. Des conditions de seed, pas de série A. Pas de board. Due diligence rapide. Des termes favorables aux fondateurs.

50% des investisseurs ont investi parce qu'ils l'avaient vu faire le tour du monde, vivre en Colombie, investir en Afrique avec Caraventure (20 startups, 18 pays). Ils se sont dit : pourquoi il revient lancer une boîte si ce n'est pas sérieux ?

Ce qui revient dans chaque levée : la passion. Les business angels évaluent la détermination à résoudre un problème, pas juste l'idée.

All-in-one ou suite de produits ? Jeremy choisit Atlassian

Jeremy en a "trop bouffé du all-in-one". Spendesk était un 7-in-1. Ultra complexe à vendre. Les investisseurs et chefs d'entreprise veulent un all-in-one, mais le consommateur a un problème précis. Il veut une solution à ce problème précis, point.

Les super apps marchent en Asie (WeChat) et en Amérique du Sud (Rappi). Pas en Europe. Pas du tout aux États-Unis, où les produits sont déjà interconnectés.

La stratégie de The Mobile First Company : plusieurs produits sous une seule marque. Comme Atlassian avec Jira et Trello. Chaque produit est fort indépendamment. Les logins et la facturation sont centralisés. Tu acquiers sur un produit, tu gagnes la confiance, puis tu fais de l'upsell sur les autres problèmes.

Allo, le produit de téléphonie, cible les PME de 1 à 50 personnes. Concurrent d'Aircall, OnOff, RingCentral. L'IA enregistre, retranscrit et résume tous les appels. Ce que Google Meet fait depuis 2-3 ans, mais que personne n'avait fait sur la téléphonie classique.

50% de l'usage reste desktop. Le dirigeant est mobile-first, mais les équipes travaillent sur ordinateur. En juin dernier, Jeremy a invité les équipes dans l'app. Croissance de 30% mois après mois sur le revenu depuis.

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Little Big Things · 119 min

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